Pays tiers à haut risque : la liste de l'Union se lit à sa date
Un client établi dans un pays que la Commission a inscrit sur sa liste, et la vigilance renforcée cesse d'être une affaire d'appréciation. Encore faut-il lire la bonne liste, dans sa dernière version, sans la confondre avec celles du GAFI ni avec la liste fiscale de l'Union.
Ce guide décrit le droit de l'Union européenne. Ce que chaque État fixe lui-même (l'autorité qui vous contrôle, la cellule de renseignement financier qui reçoit vos déclarations, la façon de les déposer) se lit pays par pays : France, Belgique, Luxembourg et les autres États membres.

Les mots d'abord, parce que tout le reste en dépend. Un pays tiers à haut risque, en droit de l'Union, est un pays extérieur à l'Union dont le dispositif de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme présente des carences stratégiques qui font peser une menace significative sur le système financier de l'Union. La directive (UE) 2015/849 charge la Commission de les recenser (art. 9). Elle le fait par le règlement délégué (UE) 2016/1675, dont l'annexe porte la liste.
| Repère | Ce que disent les textes |
|---|---|
| Texte qui porte la liste | Règlement délégué (UE) 2016/1675 de la Commission du 14 juillet 2016, modifié par treize règlements délégués publiés de 2018 à 2026 |
| Dernière version consolidée | Version du 29 janvier 2026, qui intègre les règlements délégués (UE) 2026/46 et 2026/83, publiés au Journal officiel le 9 janvier 2026 |
| Qui l'établit | La Commission, en tenant compte des évaluations et rapports des organisations internationales compétentes, dont le GAFI (directive, art. 9, § 4) |
| Ce qu'elle déclenche | Des mesures de vigilance renforcées pour les relations d'affaires et les transactions impliquant ces pays (directive, art. 18 bis) |
| Ce qui change le 10 juillet 2027 | L'AMLR, règlement (UE) 2024/1624, reprend le sujet à ses articles 29 à 35, et la directive (UE) 2015/849 est abrogée |
Lire l'annexe sans se tromper de version
L'annexe tient en quatre sections. Aucune ne s'apprend par cœur : leur contenu bouge à chaque acte délégué. Leur logique, elle, reste stable.
| Section | Qui y figure | Lien avec le GAFI |
|---|---|---|
| I | Les pays qui ont pris un engagement politique écrit, à haut niveau, de remédier aux carences constatées, et qui ont élaboré un plan d'action avec le GAFI | Plan d'action convenu avec le GAFI |
| II | Ceux qui ont, en outre, décidé de demander une assistance technique pour mettre ce plan en œuvre | Désignés dans la déclaration publique du GAFI |
| III | Ceux qui présentent des risques continus et substantiels, et qui ont omis, à plusieurs reprises, de remédier aux carences constatées | Désignés dans la déclaration publique du GAFI |
| IV | Ceux que le GAFI ne vise ni par un appel à action ni par une surveillance renforcée, mais dont l'adhésion au GAFI est suspendue (section ajoutée par le règlement délégué (UE) 2026/46) | Adhésion suspendue |
Pour vos obligations, la section ne change rien. Tous les pays de l'annexe sont des « pays tiers à haut risque » (art. 1er du règlement délégué), et c'est à ce titre que joue l'article 18 bis de la directive. La section dit d'où vient l'inscription ; elle ne crée pas un régime à part.
Reste la version. Le texte consolidé d'EUR-Lex le dit lui-même en tête : c'est un outil de documentation, sans effet juridique, et seuls les actes publiés au Journal officiel de l'Union font foi. Il n'intègre une modification qu'une fois celle-ci entrée en vigueur, soit le vingtième jour suivant sa publication pour les deux derniers règlements délégués (art. 2 de chacun). Avant de vous fier à une version consolidée, regardez donc si un acte modificatif a paru depuis : la fiche du règlement sur EUR-Lex les énumère. La page de la Commission (en anglais) donne, pays par pays, la date d'entrée en vigueur de l'inscription : c'est elle qu'on confronte à la date du dossier.
Le GAFI publie deux listes, l'Union en tient une
Le Groupe d'action financière ne légifère pas pour l'Union. Après chacune de ses réunions plénières, il publie deux documents : les « Juridictions à haut risque visées par un appel à action » et les « Juridictions soumises à une surveillance renforcée ». Il les appelle lui-même, sur son site, la liste noire et la liste grise. À la date de notre revue, les dernières éditions des deux sont datées du 19 juin 2026. Le premier intitulé bouge un peu d'une édition à l'autre (« soumises à un appel à l'action » en février 2026) : c'est le même document.
La Commission en tient compte : la directive le lui demande (art. 9, § 4), et chaque règlement délégué le rappelle dans ses considérants. Sa liste n'en reste pas moins un acte de l'Union, adopté selon sa propre procédure, à son propre rythme. Un pays peut donc figurer sur une liste du GAFI avant d'entrer dans l'annexe. Un État membre de l'Union, qui n'est pas un pays tiers, n'y entrera jamais. Et la Commission peut inscrire un pays que le GAFI ne désigne pas : la section IV en est l'exemple.
Exemple chiffré. Lors de ses plénières de juin et d'octobre 2025, le GAFI place deux juridictions sous surveillance renforcée. La Commission les ajoute à l'annexe par le règlement délégué (UE) 2026/83 du 4 décembre 2025, publié au Journal officiel le 9 janvier 2026 et entré en vigueur vingt jours plus tard, le 29 janvier 2026. Un client établi dans l'une d'elles ouvre un dossier chez vous le 15 janvier 2026. Le GAFI signale sa juridiction depuis octobre 2025 au plus tard ; la liste de l'Union ne la porte pas encore. Ce jour-là, l'article 18 bis ne joue pas, mais le risque est connu et peut peser dans votre évaluation au titre du risque géographique (annexe III de la directive). Le 29 janvier, la vigilance renforcée s'impose pour cette relation. Même client, deux régimes, deux semaines d'écart : la date à laquelle vous avez consulté la liste fait partie du dossier.
Ce que la vigilance renforcée exige aujourd'hui
L'article 18 bis, inséré dans la directive en 2018, fixe le socle. Pour une relation d'affaires ou une transaction impliquant un pays tiers à haut risque, les États membres exigent des entités assujetties qu'elles :
- obtiennent des informations supplémentaires sur le client et sur le ou les bénéficiaires effectifs ;
- obtiennent des informations supplémentaires sur la nature envisagée de la relation d'affaires ;
- obtiennent des informations sur l'origine des fonds et l'origine du patrimoine du client et du ou des bénéficiaires effectifs ;
- obtiennent des informations sur les raisons des transactions envisagées ou réalisées ;
- fassent autoriser l'entrée en relation, ou son maintien, par un membre d'un niveau élevé de leur hiérarchie ;
- surveillent la relation de plus près, avec des contrôles plus nombreux et plus fréquents, en repérant les schémas de transaction qui demandent un examen approfondi.
Un État peut aussi exiger que le premier paiement passe par un compte ouvert au nom du client dans un établissement de crédit soumis à des normes de vigilance au moins aussi élevées. Il impose, le cas échéant, des mesures d'atténuation supplémentaires, qui peuvent aller jusqu'à limiter les relations d'affaires avec les personnes et entités de ces pays (art. 18 bis, § 2).
Deux précautions de lecture. La directive s'adresse aux États : ce qui vous oblige, ce sont les mots de la loi qui la transpose chez vous, et cette loi peut aller plus loin. Ensuite, le texte vise les relations « impliquant » un pays tiers à haut risque, sans dresser la liste des rattachements. Un client établi dans le pays en est un. Pour un bénéficiaire effectif qui y réside, ou des fonds qui en viennent, voyez la lecture qu'en fait votre superviseur, et notez au dossier le rattachement retenu comme la mesure appliquée.
Le 10 juillet 2027, trois catégories au lieu d'une
Ce jour-là, l'AMLR, règlement (UE) 2024/1624, s'applique (art. 90), et la directive (UE) 2015/849 est abrogée (directive (UE) 2024/1640, art. 77). Le règlement ne raisonne plus en une seule liste. La Commission identifiera, par actes délégués, trois familles de pays tiers :
| Catégorie | Ce que le règlement exige | Article |
|---|---|---|
| Carences stratégiques importantes : les « pays tiers à haut risque » | Les mesures de vigilance renforcées énumérées à l'article 34, § 4, et les contre-mesures que l'acte délégué choisit parmi celles de l'article 35 | art. 29 |
| Faiblesses en matière de conformité | Les mesures de vigilance renforcées que l'acte délégué désigne, pays par pays | art. 30 |
| Menace spécifique et grave pour le système financier de l'Union, dans des cas exceptionnels | Selon la nature de la menace, le régime de l'article 29 ou celui de l'article 30 | art. 31 |
Les considérants disent le lien avec le GAFI : la première catégorie répond aux pays qui font l'objet d'un appel à l'action (considérant 84), la deuxième à ceux que le GAFI place sous surveillance renforcée, une « surveillance accrue » dans la version française du règlement (considérant 85). Le règlement fait aussi de cette surveillance un facteur de risque géographique à part entière (annexe III, point 3 a), et charge l'AMLA de publier des orientations sur les risques venus de l'extérieur de l'Union (art. 32).
Un point reste ouvert. Le règlement délégué (UE) 2016/1675 complète la directive abrogée ; l'AMLR, lui, appelle de nouveaux actes délégués (art. 29 à 31). Quel acte portera la liste au 10 juillet 2027 se vérifiera sur EUR-Lex, à l'approche de cette date.
La liste fiscale de l'Union est une autre liste
On la cite souvent dans le même souffle, et c'est là que les dossiers se trompent. La liste de l'UE des pays et territoires non coopératifs à des fins fiscales est arrêtée par le Conseil, dans des conclusions publiées au Journal officiel, série C. Sa version la plus récente, à la date de notre revue, figure à l'annexe I des conclusions C/2026/1465, publiées le 6 mars 2026 ; les deux précédentes datent de février et d'octobre 2025. Ses critères sont fiscaux : échange de renseignements, régimes fiscaux dommageables, substance économique.
Aucun article de la directive (UE) 2015/849 n'y renvoie, pas plus que l'AMLR qui prend le relais le 10 juillet 2027. Un pays inscrit sur la liste fiscale n'appelle donc pas, à ce seul titre, les mesures de l'article 18 bis ; et un pays tiers à haut risque peut être, pour le fisc, un partenaire coopératif. La liste fiscale peut nourrir votre analyse du risque géographique : à partir de 2027, l'AMLR range parmi les facteurs de risque les pays qui entretiennent l'opacité financière (annexe III, point 3 f). Elle ne remplace pas la liste de la Commission. Quant aux listes nationales, fiscales ou non, elles relèvent du droit de chaque État et se lisent pays par pays.
| Liste de la Commission | Listes du GAFI | Liste fiscale de l'Union | |
|---|---|---|---|
| Qui l'établit | La Commission, par règlement délégué | Le GAFI, après chaque plénière | Le Conseil, par des conclusions |
| Ce qu'elle mesure | Les carences des dispositifs anti-blanchiment | Les carences des dispositifs anti-blanchiment | La bonne gouvernance fiscale |
| Ce qu'elle déclenche pour vous | La vigilance renforcée de l'article 18 bis de la directive | Un facteur de risque à apprécier ; la Commission en tient compte | Aucune mesure prévue par les textes anti-blanchiment de l'Union |
| Où la lire | EUR-Lex, version consolidée | Site du GAFI | EUR-Lex, Journal officiel série C |
Dans le dossier, concrètement
- Repérez les rattachements. Pays d'établissement du client, résidence du bénéficiaire effectif, provenance des fonds, lieu de l'opération.
- Ouvrez la bonne version. La version consolidée la plus récente sur EUR-Lex, puis les actes modificatifs parus depuis.
- Notez la référence et la date. « Règlement délégué (UE) 2016/1675, version consolidée du 29 janvier 2026, consultée le… » : c'est cette ligne qui dira, plus tard, ce que vous saviez ce jour-là.
- Appliquez et tracez les mesures que votre loi nationale tire de l'article 18 bis, autorisation hiérarchique comprise.
- Revoyez après chaque mise à jour. Un pays qui entre dans l'annexe change le régime des relations en cours, pas seulement celui des nouvelles.
À retenir. En droit de l'Union, une seule liste déclenche la vigilance renforcée de l'article 18 bis : celle de la Commission, telle qu'elle s'applique à la date du dossier. Les listes du GAFI l'éclairent sans la remplacer ; la liste fiscale parle d'autre chose.
Vigilae rapproche le pays de l'opération et la nationalité déclarée du client d'un référentiel indicatif et daté, tiré de l'annexe consolidée et des déclarations du GAFI, et vous signale le facteur à valider. Vigilae est un logiciel de conformité LCB-FT : il prépare le dossier de vigilance, vous décidez, et vous restez seul responsable de vos déclarations. Voir comment ça marche.
Les textes officiels
- Règlement délégué (UE) 2016/1675 de la Commission du 14 juillet 2016 complétant la directive (UE) 2015/849 par le recensement des pays tiers à haut risque présentant des carences stratégiques, CELEX 32016R1675 (EUR-Lex)
- Règlement délégué (UE) 2026/46 de la Commission du 3 décembre 2025 modifiant le règlement délégué (UE) 2016/1675 (section IV de l'annexe), CELEX 32026R0046 (EUR-Lex)
- Règlement délégué (UE) 2026/83 de la Commission du 4 décembre 2025 modifiant le règlement délégué (UE) 2016/1675 (section I de l'annexe), CELEX 32026R0083 (EUR-Lex)
- Directive (UE) 2015/849 du 20 mai 2015 relative à la prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme (articles 9 et 18 bis), CELEX 32015L0849 (EUR-Lex)
- Règlement (UE) 2024/1624 du 31 mai 2024 relatif à la prévention de l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme (AMLR), applicable à partir du 10 juillet 2027, CELEX 32024R1624 (EUR-Lex)
- Directive (UE) 2024/1640 du 31 mai 2024 relative aux mécanismes à mettre en place par les États membres pour prévenir l'utilisation du système financier aux fins du blanchiment de capitaux ou du financement du terrorisme (article 77 : abrogation de la directive (UE) 2015/849), CELEX 32024L1640 (EUR-Lex)
- Commission européenne : la page qui présente la liste des pays tiers à haut risque, avec la date d'entrée en vigueur de chaque inscription (en anglais)
Article informatif, à jour au 07/10/2026, ne constituant pas un conseil juridique. La liste citée est celle de la version consolidée lue sur EUR-Lex à la date de revue ; elle change à chaque acte délégué de la Commission. Vérifiez la version applicable à la date de votre dossier, et ce que votre loi nationale y ajoute.
Questions fréquentes
La liste grise du GAFI suffit-elle à imposer la vigilance renforcée ?
Pas en droit de l'Union. L'article 18 bis de la directive (UE) 2015/849 vise les pays tiers à haut risque recensés par la Commission dans le règlement délégué (UE) 2016/1675. Les listes du GAFI éclairent votre évaluation du risque, et votre loi nationale peut aller plus loin.
Où lire la liste applicable ?
Sur EUR-Lex, dans la version consolidée la plus récente du règlement délégué (UE) 2016/1675 (celle du 29 janvier 2026 à la date de notre revue), après avoir vérifié qu'aucun acte modificatif n'a paru depuis. La page de la Commission donne la date d'entrée en vigueur de chaque inscription.
La liste fiscale de l'Union déclenche-t-elle les mêmes mesures ?
Non. Le Conseil l'arrête sur des critères fiscaux, et aucun article de la directive (UE) 2015/849 ne s'y réfère. Elle peut nourrir votre analyse du risque, sans appeler à elle seule les mesures de l'article 18 bis.
Qu'est-ce qui change le 10 juillet 2027 ?
L'AMLR s'applique à compter du 10 juillet 2027 et remplace la liste unique par trois catégories de pays tiers (art. 29 à 31) : les pays tiers à haut risque, soumis aux mesures de l'article 34, § 4, et à des contre-mesures ; les pays présentant des faiblesses en matière de conformité, soumis aux mesures que désigne l'acte délégué ; et, dans des cas exceptionnels, ceux qui font peser une menace spécifique et grave sur le système financier de l'Union.
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