LCB-FT : quand la crypto entre dans un dossier
La crypto arrive rarement en crypto sur votre bureau — elle arrive en euros, déjà convertie, et c'est là que commence votre travail.

Un acquéreur se présente, apport en main. Le virement part d'un compte français à son nom, l'argent est propre à l'œil nu. Sauf que ces 60 000 euros étaient, il y a six semaines, du bitcoin acheté en 2016 puis revendu sur une plateforme. L'euro qui arrive sur votre compte séquestre ne sent rien. Il a perdu en route toute trace de sa naissance — et c'est précisément ce qui doit vous arrêter.
Le réflexe du confrère qui découvre la crypto dans un dossier va souvent à l'un des deux extrêmes : la panique (« je refuse ») ou l'aveuglement (« un virement bancaire, donc rien à signaler »). Aucun des deux ne tient.
La crypto n'entre presque jamais en crypto
Un CGP, un notaire, un agent immobilier ne reçoit quasi jamais des actifs numériques. Il reçoit le produit de leur revente : un cash-out, converti en euros, arrivé par virement SEPA. Le moment sensible — la conversion — s'est joué en amont, chez un tiers. Votre difficulté n'est donc pas d'encaisser du bitcoin. Elle est de répondre à une question ancienne posée sur une matière nouvelle : d'où vient cet argent ?
Réf. art. L.561-5 et L.561-6 CMF (identification du client, vigilance constante).
Traçable et anonyme à la fois
On répète que la blockchain est publique, donc traçable. C'est vrai et trompeur. Le registre montre chaque transaction, les montants, les dates, l'enchaînement des portefeuilles. Ce qu'il ne montre pas, c'est qui tient la clé. Une adresse est une suite de caractères, pas une identité. Vous pouvez suivre un flux de wallet en wallet sans jamais savoir quelle main est derrière — et un passage par un service de mixage suffit à casser le fil. Traçabilité de la chaîne, pseudonymat des personnes : c'est ce grand écart qui fait le risque.
Votre point d'appui : le PSAN, désormais MiCA
Vous n'êtes pas seul sur le maillon. En France, la conversion crypto-euros doit passer par un prestataire enregistré auprès de l'AMF — le régime PSAN issu de la loi PACTE. Ce prestataire est lui-même assujetti LCB-FT : il a identifié son client, tracé le cash-out et conservé les pièces. C'est votre premier levier concret. Demandez sur quelle plateforme les fonds ont été convertis, et réclamez le relevé.
Le cadre a bougé. Le règlement européen MiCA remplace l'enregistrement PSAN par un agrément unique de prestataire de services sur crypto-actifs, valable dans toute l'Union, délivré en France par l'AMF. La période de transition ouverte aux anciens PSAN s'achève à l'été 2026. En pratique : vérifiez que la plateforme citée est bien régulée — enregistrée, en cours d'agrément ou agréée — et méfiez-vous d'un cash-out passé par un service étranger hors radar européen.
Réf. art. L.54-10-1 et L.54-10-3 CMF ; règlement (UE) 2023/1114 (MiCA).
Ce que vous demandez, concrètement
La vigilance sur l'origine des fonds ne se contente pas d'un mot. Sur un dossier alimenté par de la crypto, réunissez de quoi reconstituer le trajet :
- le relevé de la plateforme montrant l'achat initial, la détention, puis la vente en euros ;
- un justificatif de l'acquisition d'origine — épargne salariale, minage documenté, achat ancien — et sa cohérence avec le profil du client ;
- le lien entre le compte bancaire qui vous vire les fonds et le compte crédité par la plateforme ;
- les dates, pour vérifier qu'un gain censé remonter à 2016 n'est pas une reconstruction opportune de la semaine dernière.
Quand la plus-value déclarée est massive, la piste courte ou l'explication mouvante, vous basculez dans l'examen renforcé : vous vous renseignez par écrit sur l'origine et la destination des sommes, et vous consignez.
Réf. art. L.561-10-2 CMF (examen renforcé, origine des fonds).
Quand ça coince
Certaines configurations allument un voyant : un cash-out qu'aucune acquisition ne vient expliquer, une plateforme non régulée ou domiciliée nulle part, des conversions en cascade, le passage revendiqué par un mixeur, des versements fractionnés sous les seuils. La crypto sert aussi à contourner un gel d'avoirs — à garder en tête dès qu'un nom ressort au criblage.
Si le doute résiste à vos vérifications, la déclaration de soupçon à Tracfin s'impose ; notre guide de la déclaration de soupçon détaille la marche à suivre. Elle est confidentielle : vous n'en informez pas le client, ni par un mot, ni par un refus soudain qui vaudrait aveu. L'interdiction de divulgation ne souffre pas d'exception de politesse.
Réf. art. L.561-15, L.561-18 et L.561-19 CMF (déclaration de soupçon, confidentialité).
Où Vigilae intervient
Reconstituer un trajet crypto à la main, croiser une adresse avec une liste de sanctions, dater une plus-value : c'est chronophage, et c'est là qu'un copilote aide. Vigilae rassemble les pièces, signale les incohérences, prépare le dossier d'examen renforcé et garde la trace de ce que vous avez contrôlé. Il ne décide pas à votre place, et il ne déclare pas : l'outil perçoit et calcule, vous décidez et vous déclarez. Aucun logiciel ne peut garantir qu'un cash-out est propre — il peut seulement vous donner de quoi juger vite et documenter proprement. Voir comment Vigilae prépare le dossier.
Article informatif à jour en juillet 2026, ne constituant pas un conseil juridique. Chaque situation s'apprécie au cas par cas au regard des textes en vigueur.
Questions fréquentes
Un client paie avec des fonds issus de cryptomonnaies : dois-je le refuser ?
Non. La provenance crypto n'est pas suspecte en soi ; elle appelle une vigilance sur l'origine des fonds. Vous demandez le relevé de la plateforme et un justificatif de l'acquisition initiale, puis vous appréciez la cohérence avec le profil du client avant de poursuivre.
Qu'est-ce qu'un PSAN et en quoi cela aide-t-il ma vigilance LCB-FT ?
Un PSAN (prestataire de services sur actifs numériques) est enregistré auprès de l'AMF et assujetti à la LCB-FT. Comme il a identifié son client et tracé la conversion en euros, son relevé constitue votre premier justificatif d'origine des fonds. Le règlement MiCA remplace progressivement cet enregistrement par un agrément européen.
La blockchain étant publique, l'origine des fonds crypto est-elle facile à vérifier ?
Non. La chaîne trace les transactions mais pas l'identité des détenteurs : une adresse n'est pas un nom, et un service de mixage peut rompre le fil. La traçabilité technique ne remplace donc pas la vérification documentaire de l'origine des fonds.
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