Publié le 05/07/2026 · Mis à jour le 17/07/2026

Fraude au président : les signaux à ne pas manquer

Un mail du « patron », un virement urgent et confidentiel vers un compte inconnu : anatomie d'une arnaque qui peut faire de vous le dernier rempart — ou le prochain témoin d'un soupçon.

Illustration — Fraude au président : les signaux à ne pas manquer

Vendredi, 17h40. L'assistante comptable reçoit un mail signé du président : une acquisition confidentielle se joue ce soir, l'avocat va la rappeler, il faut virer 380 000 euros avant la clôture bancaire, surtout n'en parler à personne. Le ton est celui du patron. L'adresse ressemble à s'y méprendre. Le RIB, lui, pointe vers une banque hongroise jamais vue dans les fichiers fournisseurs. Une heure plus tard, l'argent est parti. Le lundi, le vrai dirigeant tombe des nues.

La fraude au président, en deux mots

On l'appelle FOVI — faux ordre de virement international — ou fraude au président. Le mécanisme est vieux comme l'ingénierie sociale : un escroc usurpe l'identité d'un dirigeant, d'un fournisseur ou d'un avocat, et déclenche un virement urgent, confidentiel, vers un compte qu'on ne connaissait pas. Rien de technique là-dedans. Tout repose sur l'autorité et la peur de mal faire.

Pourquoi un professionnel du chiffre ou du patrimoine devrait s'y intéresser ? Parce que ce n'est pas, au sens strict, du blanchiment — mais ça y mène. La fraude génère des fonds sales qu'il faudra ensuite recycler : comptes de passage, sociétés-écrans, conversion en crypto, retrait dans un pays tiers. Et vous pouvez être celui qui voit passer le virement atypique. L'expert-comptable qui saisit l'écriture, le CGP qui reçoit un ordre inhabituel d'un client, le notaire à qui l'on demande un mouvement pressé sur le compte séquestre. Ce virement, personne d'autre ne le regarde avec vos yeux.

Ce qui doit vous arrêter

Les marqueurs ne manquent pas, à condition de les lire ensemble plutôt qu'un par un.

  • L'urgence fabriquée. Tout doit se faire aujourd'hui, avant la fermeture, hors du circuit habituel. L'urgence sert à couper la réflexion.
  • La confidentialité imposée. « N'en parlez à personne », « opération sensible ». Le secret isole la cible de ceux qui pourraient dire non.
  • Le changement de RIB. Un IBAN étranger, une banque jamais utilisée, des coordonnées modifiées à la dernière minute par mail. C'est le signal le plus concret.
  • La pression hiérarchique. On invoque le président, un avocat, un régulateur. On flatte, on presse, on culpabilise.

Pris isolément, chacun a une explication innocente. Ensemble, ils dessinent un scénario. Un ordre urgent, confidentiel, sur un RIB neuf, à l'étranger : ce n'est plus une coïncidence, c'est un faisceau.

Un principe vaut toutes les procédures : aucun changement de coordonnées bancaires, aucun virement exceptionnel ne se valide sur le seul canal qui l'a demandé. On rappelle sur un numéro connu, jamais celui du mail.

Réagir sans se tromper de geste

Face à un ordre qui coche ces cases, la séquence tient en quelques réflexes.

  1. Suspendre. Ne rien exécuter tant que l'ordre n'est pas authentifié. Le temps joue pour vous, jamais pour l'escroc.
  2. Vérifier par un canal indépendant. Rappeler le dirigeant réel sur sa ligne connue, en présentiel si possible. Ne pas répondre au mail, ne pas composer le numéro qu'il fournit.
  3. Alerter en interne. Prévenir le vrai responsable et, s'il s'agit d'un client, l'inciter à ne pas payer. Signaler un risque de fraude relève de la protection, pas de la LCB-FT.
  4. Conserver les traces. Mail, en-têtes, RIB, horodatage : ce sont vos pièces si les fonds ont bougé.
  5. Si le virement est parti, agir vite. Demande de rappel de fonds à la banque, dépôt de plainte, signalement. Les premières heures décident souvent du recouvrement.

Et la déclaration de soupçon, dans tout ça ?

Il faut distinguer deux plans. Alerter votre client qu'il est peut-être victime d'une escroquerie, c'est du bon sens et du devoir de conseil. La déclaration de soupçon obéit à une autre logique.

Si, dans l'exercice de votre profession, des fonds transitent et que vous avez de bonnes raisons de soupçonner qu'une somme provient d'une infraction punie de plus d'un an d'emprisonnement — l'escroquerie en est une — l'obligation déclarative à Tracfin s'applique. Le cas typique : vous détectez, en aval, des mouvements qui portent la marque du produit d'une FOVI. Là, vous déclarez.

Réf. art. L.561-15 CMF.

Un point non négociable : la déclaration de soupçon est confidentielle. Vous ne dites à personne — surtout pas à la personne concernée — qu'une déclaration a été adressée à Tracfin. En divulguer l'existence ou le contenu est pénalement sanctionné. Prévenir du risque de fraude, oui ; révéler qu'une déclaration a été faite, jamais.

Réf. art. L.561-18 et L.561-19 CMF.

Où Vigilae intervient

La fraude au président se joue sur des détails qu'un œil fatigué de fin de semaine laisse filer. Vigilae lit les marqueurs — RIB neuf, urgence, canal inhabituel — et les remonte comme un faisceau, pas comme des alertes éparses. L'IA perçoit, le moteur recoupe, mais la décision et la déclaration restent votre main. Vigilae prépare le dossier ; il ne le signe pas à votre place.

Pour voir comment ce criblage s'articule à votre pratique, le fonctionnement pas à pas le détaille. Et si le sujet du signalement vous intéresse plus largement, notre guide sur la déclaration de soupçon reprend la mécanique de bout en bout.

Article informatif à jour en juillet 2026, ne constituant pas un conseil juridique. Chaque situation appelle une analyse au cas par cas et, le cas échéant, l'avis d'un professionnel.

Questions fréquentes

La fraude au président, est-ce du blanchiment ?

Non, c'est une escroquerie. Mais elle génère des fonds à recycler et peut déclencher une déclaration de soupçon si vous voyez transiter des sommes que vous soupçonnez d'en provenir.

Quels sont les principaux signaux d'un faux ordre de virement ?

Une urgence imposée, une confidentialité exigée, un changement de RIB vers un compte étranger inconnu et une pression hiérarchique. Lus ensemble, ces indices forment un faisceau d'alerte.

Peut-on prévenir son client d'une fraude tout en respectant la confidentialité de la déclaration de soupçon ?

Oui. Alerter sur le risque de fraude relève du devoir de conseil. En revanche, révéler qu'une déclaration de soupçon a été adressée à Tracfin est interdit et pénalement sanctionné.

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