Publié le 16/07/2026 · Mis à jour le 17/07/2026

Fraude fiscale et déclaration de soupçon

Depuis 2009, un montage qui recycle une fraude fiscale relève de votre obligation déclarative — à condition de savoir lire les critères qui la déclenchent.

Illustration — Fraude fiscale et déclaration de soupçon

« Ça, c'est l'affaire du fisc, pas la mienne. » On l'a tous entendue, cette phrase, en comité de conformité. Elle était défendable jusqu'en 2009. Depuis, la fraude fiscale figure parmi les infractions sous-jacentes au blanchiment, et le soupçon qu'un montage serve à en recycler le produit ne se règle plus à Bercy : il atterrit sur le bureau du déclarant Tracfin. Le vôtre.

Ce que 2009 a changé

Le blanchiment, juridiquement, c'est le fait de dissimuler l'origine de fonds provenant d'un crime ou d'un délit. Tant que la fraude fiscale restait en marge de ce raisonnement, un professionnel du patrimoine pouvait estimer qu'un client discret sur ses impôts ne le regardait pas. La transposition de la troisième directive a fermé cette porte. Aujourd'hui, dès qu'il existe un soupçon que des sommes proviennent d'une fraude fiscale, l'assujetti déclare — mais à une condition propre à ce délit : la présence d'au moins un critère fixé par décret.

Réf. art. L.561-15 II CMF.

Seize critères, pas votre flair

C'est la particularité du blanchiment de fraude fiscale. Pour les autres infractions, le soupçon suffit. Ici, le législateur a voulu encadrer le déclenchement : le soupçon doit s'appuyer sur l'un des seize critères de l'article D.561-32-1. Quatre parlent tout de suite à qui travaille la pierre et le patrimoine.

  • La société-écran. Une structure dont l'activité ne colle pas à l'objet social, ou domiciliée dans un territoire non coopératif, qui s'interpose sans raison économique lisible.
  • L'opération financière incohérente au regard de l'activité habituelle : un flux qui n'a rien à faire là, un volume sans rapport avec le train de vie déclaré.
  • Le prix manifestement sous-évalué. Une transaction immobilière conclue très en-dessous du marché — le critère qui devrait faire lever la tête à tout notaire, agent ou conseil qui voit passer l'acte.
  • Le recours à l'international opaque : comptes de passage, fonds rapatriés sous forme de prêts, bénéficiaire effectif qu'on n'arrive pas à identifier.

Un seul suffit, combiné au soupçon. Le reste de la liste couvre les factures anormales, les retraits d'espèces répétés, l'organisation d'insolvabilité, le refus de justifier l'origine des fonds.

Réf. art. D.561-32-1 CMF.

Soupçon n'est pas désapprobation

Le piège inverse guette autant. Un client qui loge ses parts dans une holding, arbitre pour purger une plus-value, choisit le régime le plus doux : c'est de l'optimisation. Légale. Bruyamment légale, parfois, et cela n'a rien à voir avec une déclaration de soupçon. Vous n'êtes pas là pour sanctionner l'habileté fiscale, ni pour vous ériger en juge de l'impôt dû.

La ligne se trace ailleurs. On ne déclare pas parce qu'un montage paraît agressif ; on déclare parce qu'un indice — l'un des seize critères — laisse penser que des fonds déjà soustraits au fisc circulent pour se donner une apparence propre. La nuance est fine à l'oral, nette dans le dossier : l'optimisation joue à visage découvert devant l'administration ; la fraude, elle, se cache, et le blanchiment lui prête un visage présentable.

Vous n'avez pas à prouver la fraude. Le soupçon motivé suffit — c'est Tracfin, puis le juge, qui qualifient. Votre travail : documenter ce qui vous a alerté, pas monter un dossier pénal.

Le COSI, un autre canal — sans soupçon

À ne pas confondre avec la déclaration de soupçon : la communication systématique d'informations. Certains flux remontent à Tracfin de façon automatique, quel que soit votre ressenti. Les versements et retraits d'espèces cumulés au-delà d'un seuil fixé par décret — 10 000 € sur un mois calendaire — en font partie, comme certaines transmissions de fonds. Le COSI ne dit rien d'un soupçon, et il ne dispense d'aucune déclaration si, en parallèle, un critère de fraude fiscale s'allume. Deux tuyaux distincts, deux logiques.

Réf. art. L.561-15-1 CMF.

Confidentialité absolue. La déclaration de soupçon ne se dit pas. Ni au client, ni à un tiers non habilité — l'informer, même à mots couverts, constitue une violation de l'interdiction de divulgation. On documente, on déclare, on se tait.

Réf. art. L.561-18 et L.561-19 CMF.

Préparer le dossier, sans décider à votre place

C'est là qu'un copilote comme Vigilae gagne sa place. L'outil perçoit les signaux — un prix décroché du marché, une chaîne de détention qui se perd à l'étranger —, rapproche les critères de l'article D.561-32-1 et assemble une trame factuelle, datée, recalculable. Il ne conclut pas. Aucun outil ne peut garantir qu'un dossier relève ou non de la déclaration ; ce jugement reste humain. L'IA perçoit, le moteur calcule, le déclarant décide et signe. Vigilae prépare la matière ; il ne déclare jamais à votre place.

Pour la mécanique de la déclaration elle-même, voir notre guide de la déclaration de soupçon à Tracfin ; sur l'identification qui bloque tant de dossiers de fraude fiscale, notre fiche bénéficiaire effectif : définition et seuil.

Article informatif à jour en juillet 2026, ne constituant pas un conseil juridique. Les seuils et références cités peuvent évoluer ; vérifiez le texte applicable et vos procédures internes avant toute déclaration.

Questions fréquentes

Depuis quand faut-il déclarer un soupçon de blanchiment de fraude fiscale ?

Depuis 2009, la fraude fiscale est une infraction sous-jacente au blanchiment. Les assujettis doivent déclarer à Tracfin lorsqu'ils soupçonnent que des sommes en proviennent, à condition qu'au moins un des seize critères de l'article D.561-32-1 du Code monétaire et financier soit réuni.

Quelle différence entre optimisation fiscale et fraude fiscale à déclarer ?

L'optimisation est un choix légal de réduire l'impôt, assumé devant l'administration : elle ne déclenche aucune déclaration. La fraude dissimule des fonds soustraits au fisc ; on déclare non pour désapprouver un montage, mais quand un des seize critères laisse soupçonner un blanchiment.

Le COSI remplace-t-il la déclaration de soupçon ?

Non. La communication systématique d'informations (art. L.561-15-1 CMF) est automatique pour certains flux, comme les espèces au-delà de 10 000 € sur un mois, sans aucun soupçon requis. Elle ne dispense pas d'une déclaration de soupçon si un critère de fraude fiscale est par ailleurs présent.

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